COP26 : Les femmes aux COP

Déc 28, 2021 | COP26, Climat

Elisa Alameda

Actuelle secrétaire générale chez JAC et étudiante en ingénierie de la concertation, je travaille sur le projet du Relais Jeunes, une marche apartisane pour mobiliser la jeunesse sur les enjeux environnementaux, sociaux et démocratiques.
Le 9 novembre 2021 se déroulait le “Gender Day” à la COP 26, une journée dédiée à la question du genre et des femmes dans le cadre des négociations internationales sur le changement climatique. Il avait pour ambition de montrer l’importance du leadership des femmes dans la recherche et la mise en œuvre de solutions pour faire face au changement climatique. 

Le 9 novembre 2021 se déroulait le “Gender Day” à la COP 26, une journée dédiée à la question du genre et des femmes dans le cadre des négociations internationales sur le changement climatique. Dédier une journée aux femmes était une volonté de la Présidence britannique qui souhaitait rendre cette COP particulièrement inclusive. Le “Gender Day” avait pour ambition de montrer l’importance du leadership des femmes dans la recherche et la mise en œuvre de solutions pour faire face au changement climatique. 

Pourquoi inclure l’égalité des sexes dans les négociations internationales sur le changement climatique ? Quelles avancées depuis l’Accord de Paris ? Qu’attend-on des prochaines COP ?

Femmes et changement climatique : de quoi parle-t-on ?

Si une place particulière est accordée aux femmes dans les négociations sur le changement climatique c’est tout d’abord parce qu’elles sont davantage touchées par les conséquences de ce dernier. En effet, le changement climatique et ses conséquences telles que la hausse de la température et l’augmentation de la fréquence des évènements extrêmes (cyclones, inondations, canicules…) viennent accroître des inégalités déjà existantes dans les territoires. 

D’une part, le changement climatique est vecteur d’appauvrissement et ce d’autant plus sur les populations déjà précaires. Or, sur les 1,3 milliards de personnes vivant dans des conditions de pauvreté, 70% sont des femmes. Pour une grande partie d’entre elles, leur subsistance – et celle de leur communauté – repose uniquement sur l’agriculture, secteur directement touché par les sécheresses et les fortes inondations dont la fréquence augmente à cause du changement climatique. Le travail de nombreuses femmes est ainsi rendu beaucoup plus difficile avec le changement climatique : hausse des distances parcourues pour trouver de l’eau, terre aride et difficile à cultiver etc. Pour combler cette hausse du temps de travail domestique, les jeunes filles sont également réquisitionnées et privées d’éducation (ce qui alimente les inégalités économiques). Enfin, dans un contexte d’insécurité alimentaire, de hausse des événements extrêmes et d’appauvrissement général d’une communauté, les chiffres montrent que les filles sont davantage soumises au mariage forcé et davantage exposées à des violences sexuelles.  De ce fait, par de multiples mécanismes, les femmes sont à la fois plus vulnérables aux conséquences du changement climatique mais également en première ligne.

Cependant, il est nécessaire de ne pas victimiser ces femmes afin de mieux appréhender leur rôle central dans les politiques d’adaptation (au changement climatique). Étant les premières touchées par le changement climatique, elles sont également des agentes cruciales du changement et développent des solutions innovantes en termes de gestion des ressources, agriculture résiliente, projets d’énergie renouvelable…) A cet égard, la cérémonie de remise des prix pour les projets alliant autonomisation des femmes et lutte contre le changement climatique, qui s’est tenue à la COP26 le lundi 8 novembre a récompensé plusieurs projets illustrant comment les femmes pouvaient jouer un rôle central dans les projets d’atténuation et d’adaptation. Toutefois, l’association CARE rappelle que beaucoup d’entre elles n’ont pas de pouvoir de prise de décision au sein du foyer et sur les ressources du ménage, en particulier les ressources de conditions de vie de valeur, et ne sont pas à même de garder et de gérer leurs propres revenus Pour leur donner cette capacité d’adaptation et une place centrale dans la lutte contre le changement climatique, les femmes doivent pouvoir agir dans les instances de décisions (du local à l’international) et disposer de ressources économiques pouvant être investies dans ces projets (ce qui n’est pas le cas comme vu ci-dessus). C’est en partant de ces nombreux constats que la question des femmes est devenue un enjeu des négociations internationales sur le changement climatique.

Mais que disent les textes ? 

La question du genre a été progressivement inclue dans les négociations sur le changement climatique. En 2014, le programme de travail de Lima sur l’égalité des sexes est lancé et vise à promouvoir et intégrer la dimension de genre dans le processus dans les négociations internationales sur le changement climatique. En 2015, avec l’Accord de Paris, un pas supplémentaire est accompli : l’Accord appelle les Etats à promouvoir et prendre en considération l’égalité des sexes et l’autonomisation des femmes dans leurs politiques climatiques. 

A la COP25 (2019), d’importants progrès sont réalisés et se manifestent au travers du Programme de travail renforcé de Lima relatif au genre et son plan d’action pour l’égalité des sexes. Cette décision reconnaît notamment qu’il “reste nécessaire d’intégrer les questions de genre dans toutes les cibles et tous les objectifs […] menés au titre de la [Convention Cadre des Nations-Unies sur le Changement Climatique] (alinéa 2). Elle reconnaît également que “les effets des changements climatiques sur les femmes et les hommes peuvent souvent différer en raison d’inégalités” [alinéa 5] et de “l’impérieuse nécessité de prévoir une transition juste” [alinéa 7]. Enfin, cette décision stipule que la Conférence des Parties (COP) “prend note […] du rapport sur la composition par sexe des délégations des Parties et des organes constitués, qui souligne l’absence persistante de progrès et la nécessité urgente d’améliorer la représentation des femmes dans les délégations des Parties et dans les organes constitués” (alinéa 9). Face à ces constats, un Plan d’Action pour le Genre (GAP) est adopté pour une période de cinq ans et appelle les Etats à intégrer l’autonomisation des femmes et l’égalité des sexes dans toutes leurs politiques climatiques, à renforcer les capacités des femmes et à augmenter la part de femmes dans leur délégation.

En pratique, dans les négociations internationales sur le changement climatique, le genre est à la fois un item de négociation à part – dans le sens exclusivement dédiée à la question de l’autonomisation des femmes et l’égalité des sexes – mais également un sujet transversal en jeu dans d’autres items de négociations telles que l’adaptation, la finance, l’innovation, l’éducation etc. Autrement dit, l’objectif est d’inclure des références aux femmes, aux filles et à l’égalité des sexes dans toutes les décisions. De même, l’article 7, portant sur l’adaptation affirme que «l’action pour l’adaptation devrait suivre une démarche […] sensible à l’égalité des sexes, participative et totalement transparente».

Le saviez-vous ? 

Il existe une constituante “Women & Gender” qui réunit des dizaines d’associations luttant pour le droit des femmes dans le monde. Comme les autres constituantes, cette dernière se réunit tous les matins pendant les COP pour faire le point sur l’état des négociations en matière de genre et se coordonner sur les actions à mener. Pendant la COP 26, la constituante “Women & Gender” a organisé de nombreux événements pour informer sur l’intrication entre droits des femmes et changement climatique. Chaque jour, les pavillons organisaient également des évènements centrés sur les femmes et les filles.. 

Les progrès et limites des résultats de la COP 26 sur le genre 

Pendant la COP26, JAC a eu la chance de discuter avec Sarah Mesure, négociatrice française sur l’item Climat et Genre. Cette dernière nous a confié être relativement satisfaite de la décision “Genre et Climat” adoptée le 5 novembre 2021. Cette décision constate que la crise sanitaire a aggravé les inégalités existantes et notamment celles entre les femmes et les hommes et a ralenti la mise en œuvre de politiques climatiques sensibles aux femmes et encourage les Parties à mettre en œuvre les engagements pris lors de la COP25 – c’est-à-dire le développement des politiques climatiques sensibles à l’égalité des sexes et à l’autonomisation des femmes. 

La décision rappelle également le manque persistant d’égale représentation des sexes dans les délégations et encourage les Parties à “promouvoir la participation pleine, significative et égale des femmes au processus de la Convention”. Par ailleurs, elle  promeut l’analyse qualitative de la participation des femmes dans le processus de la CCNUCC tel que le décompte des temps de parole des femmes et des hommes dans les salles de négociation. 

S’il y a quelques années cet item de négociation passait souvent à la trappe – notamment du fait du manque d’intérêt de certains Etats pour la question – c’est aujourd’hui un sujet assez consensuel entre les Etats. Toutefois, il faut noter que certains Etats restent très réticents face aux notions d’égalité des sexes et bloquent régulièrement les négociations car ils ne souhaitent pas voir apparaître ces termes dans les décisions. Dans les négociations sur l’éducation climat (Action for Climate Empowerment) par exemple, la mention de l’éducation au changement climatique pour les filles et les garçons a été supprimée car certains Etats – à l’instar de l’Arabie Saoudite – ne reconnaissent pas le droit à l’éducation des filles.

Ces blocages mettent en évidence que l’intrication entre droits humains et changement climatique n’est pas évidente pour tous les Etats signataires de la CCNUCC. Bien que les deux dernières COP aient permis de grandes avancées sur la place des femmes dans les négociations internationales sur le changement climatique, l’enjeu de la COP27 et des suivantes est de suivre et surveiller la mise en œuvre du Gender Action Gap -validé à la COP25 – car les textes c’est bien mais les actions c’est mieux !

Pour aller plus loin

Lisez l’article « Féminisme et climat, un même combat ? » : lien

Retrouvez d’ores et déjà nos autres articles sur la COP sur le blog de L’Ambassadeur :

  • Sur l’Afrique : lien
  • Sur la place des ONG à la COP : lien
  • Sur les pertes et préjudices : lien

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