COP26 : moi à la COP

Déc 20, 2021 | Climat, COP26

Nicolas Steinik

Intervenant et chargé du projet Convention Lycéenne pour le Climat chez les JAC. Je suis ingénieur, facilitateur de transitions, et travaille actuellement au CRI - Centre de Recherches Interdisciplinaires.
Témoignage d’un membre des Jeunes Ambassadeurs pour le Climat sur son expérience de la COP26 à Glasgow. Nicolas a fait partie de la Team GreenZone, en dehors des espaces de négociations, lors de la seconde semaine de la COP.

Un peu de stress et d’appréhension depuis quelques jours, beaucoup de points à me remémorer, de papiers à remplir. Oui, comme vous pouvez vous en douter, le Brexit cumulé aux conditions sanitaires n’a pas aidé. Il fallait un doctorat pour s’en sortir et arriver sans encombre à Glasgow ! Et, pas de bol, je n’ai pas de doctorat.

Pas de doctorat, mais une équipe au poil, prévoyante et (presque) assurée dans l’organisation, la recherche d’un logement, les problématiques de transport, etc. Il n’empêche que ce ne fut pas de tout repos en somme pour l’association JAC. Nous avons dû jouer avec les informations contradictoires et changeantes de l’organisation de la COP26, étant donnés les règles sanitaires, les grèves des transports, les prix exorbitants des logements… Cette complexité des démarches, les difficultés d’accès au vaccin, et les questions de financement du voyage ont été rédhibitoires pour bon nombre de personnes à travers le monde. Avant même ses débuts, la COP26 fût décriée, appelée par certaines ONG à être repoussée, et malgré de nombreuses paroles, on s’en souviendra comme l’une des COP les moins inclusives à date.

La COP démarre en fanfare. A peine arrivés, les représentants des États sont unanimes sur l’urgence et Boris (Johnson) se la joue James Bond : “L’humanité est depuis longtemps à court de temps pour lutter contre le changement climatique […] Il est minuit moins une sur l’horloge de l’apocalypse et nous devons agir maintenant.” 

Alors que #TimeForAction était le slogan de la COP25 en 2019 à Madrid, et que depuis l’existence des COP, les émissions de gaz à effet de serre (GES) n’ont de cesse d’augmenter, que peut-on espérer et qui peut-on croire ? Je ne peux alors qu’approuver notre agent 007, quand il harangue le public quelques heures avant de prendre son jet privé : les promesses de ces dernières années ne seront que du “Blah blah blah” à moins que Glasgow ne soit une réussite.

A mon arrivée, les tensions sont déjà vives, les négociations battent leur plein et les militants sont déjà très actifs. En deux jours, des dizaines de milliers de personnes, de tout âge et venues du monde entier, ont manifesté dans les rues de Glasgow. La pression de la société civile est là, elle est constante, et présente même jusque dans la BlueZone.

« Bienvenue à Glasgow, le monde te regarde COP26 » & photo d’une manifestation dans la BlueZone

En tant que membre de la Team JAC GreenZone (espaces accessible au public avec pour but de célébrer l’action climatique, via des événements, des ateliers, des présentations…), je n’ai pas pu entrer dans cette BlueZone, mais j’ai suivi durant la semaine, les événements en marge de la COP, les actions, tribunes, et panels organisés par la société civile, et les lieux ouverts au public.

Visite de la GreenZone

Ma première expérience de la COP26 fût la GreenZone aka GreenwashingZone. Lors de mon arrivée sur place, je découvre une mise en scène assez étonnante, avec d’un côté la promotion de 4X4, de voitures de course, d’engins agricoles, apparemment NetZero et de l’autre, des projets, des ateliers et des décorations, annonçant l’urgence d’agir. Je n’ai d’ailleurs pas pu m’empêcher d’aller voir les commerciaux, aveuglés par leur argument d’autorité “This is Future!”, afin de leur expliquer ce qu’était une analyse de cycle de vie et ce que signifiait NetZero.

Le pompon fût ce robot ramasseur de fraises, développé pour…limiter les pertes agricoles en ramassant des fraises à maturité ! Qui a eu cette merveilleuse idée ? Alors qu’actuellement plus de 800 millions de personnes dans le monde souffrent encore de la faim. Et qu’on ne se trompe pas, j’adore les fraises, mais bon, si elles sont abîmées, on en fait de la confiture et c’est tout.

A part ces espaces “fête de la science” très visibles et relativement déconnectés des enjeux, la GreenZone était foisonnante, pour qui sait chercher, de projets et d’actions portés par des associations et par la société civile, afin de proposer des pistes de solutions à des défis liés aux changements climatiques.

People’s Summit For Climate Justice

Panel sur les fausses solutions, pour appeler à décoloniser « l’action climat » et co-construire les solutions avec la société civile.

En contrepied des négociations officielles, une coalition d’associations internationales, COP26 Coalition, a organisé le People’s Summit For Climate Justice. Ce Sommet a vu s’organiser plus de 200 événements dans plusieurs dizaines de lieux différents à travers toute la ville de Glasgow. J’ai pu participer à une douzaine d’événements, sur des sujets divers – de la justice sociale et climatique à des questions démocratiques – et portant des revendications tout en célébrant des victoires.

Le sommet a permis de donner une parole et un visage à de nombreuses personnes et de nombreux peuples n’ayant aucun poids dans les négociations internationales. Il a aussi permis de montrer à quel point les actions proposées par les Etats Parties* sont encore, selon eux, dirigées par des rapports de domination, des idéologies patriarcales, colonialistes et capitalistes. Leur cri d’espoir, de détresse et d’amour, capté dans nos interviews bientôt en ligne*, et empreint de tant d’énergie, m’a grandement touché. J’y ai ressenti un souffle puissant de détermination et de vie, en grand contraste avec les échos creux des négociations, qui se tenaient à peine quelques kilomètres plus loin.

La société civile à Glasgow

Rapidement, je me suis intéressé à l’écosystème très atypique qui s’est développé en seulement quelques jours à Glasgow. Des gens du monde entier, de toutes les générations, de toutes les classes sociales s’y sont retrouvés pour faire pression. Tou.te.s sont animé.e.s par un feu qui les fait tenir debout, fier.e.s et cela malgré le froid.

Action d’Extinction Rébellion pour dénoncer l’addiction de notre société aux énergies fossiles, certains militants en t-shirt, grelottant dans le froid de novembre

Chacune de ces personnes a son propre avis sur les COP. D’un événement extraordinaire, et indispensable à un événement mensonger d’une hypocrisie totale, iels s’accordent sur un point : leur présence à Glasgow est essentielle. Sans eux, ils n’ont pas de doute sur le fait que les rapports de force seraient encore plus déséquilibrés en faveur de certains Etats Parties et des industriels, à l’image de la délégation CO2 : 503 lobbyistes des énergies fossiles.

Lors de mes derniers jours sur place, j’ai décidé d’aller voir les habitant.e.s. Ceux qui se sont trouvés par hasard dans cet écosystème. Face à cette espèce invasive de COPains, beaucoup sont un peu abasourdis, souvent en pleine dissonance cognitive et désintéressés des enjeux discutés pendant la COP. Pour la plupart, c’est le quotidien qui compte, c’est leur quotidien qui capte leur énergie et leur attention, ce qui n’est pas étonnant, même pendant un tel événement. Mais j’ai pu tout de même identifier un sentiment de curiosité générale quoique trop superficielle à mon goût, de ce qu’il se passe. Cette curiosité s’exprime de manière diffuse, comme s’iels avaient l’impression qu’il se passe quelque chose d’important, voire d’historique, mais sans s’en préoccuper plus que ça.

A l’image du slogan de la ville de Glasgow, “People make Glasgow”, une leçon que je retiens de cette COP, est l’importance de la société civile, car People make shifts, les gens font les changements. La société civile peut être à l’origine de transformations profondes et de changements de paradigmes. Je crois plus que jamais que la reliance, renforcée lors d’événements tels que les COP, permet de faire rayonner et de construire des ponts d’échanges importants, espérant aboutir sur le long terme à des points de bascule.

Clap de fin

Avant d’arriver à la COP, j’avais en tête mes objectifs : vivre pleinement l’expérience de la COP pour partager cette expérience extraordinaire, mettre en lumière les actions de la jeunesse et de la société civile et enfin montrer la détermination de ces personnes, qui comme vous et moi, sont démunies face à l’ampleur des enjeux, mais dont la détermination permet de soulever des montagnes.

Loin d’avoir encore répondu à tous ces objectifs, je repars de Glasgow rempli d’énergie, revivifié par ces rencontres, ces témoignages, et aussi, je crois, quelque peu transformé.

En écrivant ce texte, plusieurs semaines après le retour, je reste encore et toujours habité par cette Rage de Vivre amplifiée par l’expérience de la COP. J’espère la transmettre au plus grand nombre ici, et contribuer à créer des déclics, afin qu’on puisse répondre collectivement aux défis qui nous font face.

Pour aller plus loin

La Team GreenZone composée de Cléa, Léa, Corentin, Pablo et Nicolas, a interviewé des intervenants du People’s Summit. Nous publierons différents contenus à ce sujet dans les prochaines semaines.

Retrouvez d’ores et déjà nos autres articles sur la COP sur le blog de L’Ambassadeur :

  • Sur l’Afrique : lien
  • Sur la place des ONG à la COP : lien
  • Sur les pertes et préjudices : lien

À propos de JAC

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