Portrait de Côme Girschig, co-fondateur de JAC

Oct 6, 2021

Marie-Gabrielle Pélissié du Rausas

Côme Girschig est l’un des cofondateurs de JAC, ancien Jeune Délégué pour le Climat et vice-président de l’association. Aujourd’hui, il lutte toujours aussi activement contre le changement climatique, et privilégie désormais l’engagement politique. Entretien.

Avec d’autres volontaires, tu as co-fondé JAC en 2018. Comment est née cette association ? Quels étaient vos objectifs, à l’origine ?

Tout a commencé lorsque nous avons été sélectionnés par l’association CliMates pour être Jeunes Délégués à la prochaine COP. Nous étions très heureux de partir, mais ne pouvions nous défaire d’un certain sentiment d’injustice. Pourquoi seulement deux jeunes délégués, sélectionnés parmi une multitude de candidatures ? Et surtout, pourquoi réserver cette opportunité à ceux qui pouvaient se le permettre financièrement ? Frais de transport, de logement, de nourriture… Tout le monde ne dispose pas d’un tel budget. C’est pour cette raison qu’on a décidé de rendre le programme plus autonome en créant JAC : désormais les jeunes délégués aux négociations internationales sont défrayés par l’association.  

Et puis tout de suite, on s’est dit qu’il fallait absolument que ces jeunes, sensibilisés au climat et formés aux enjeux environnementaux, transmettent leurs connaissances. C’est ainsi que sont nées nos conférences. On voulait parler de ce qu’on avait compris.

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3 ans après, JAC compte plus de 100 membres, et les demandes de conférences se multiplient. Comment avez-vous réussi à vous faire connaître ? Quels défis avez-vous rencontrés ?

Le bouche-à-oreille a travaillé pour nous. On a d’abord essayé de développer des partenariats académiques avec l’Éducation Nationale, mais ce n’était pas très évident. Ce qui a fonctionné, c’est les réseaux de professeurs, qui se sont rapidement passé le mot. En fait, on n’a jamais manqué de demandes d’interventions – au contraire ! Au début, on avait même du mal à toutes les honorer.

Financièrement aussi, les choses ont été plutôt simples. Différentes institutions, comme le Ministère de la Transition Écologique, nous ont tout de suite accordé leur soutien. Ça nous a permis de lancer l’association, et d’assurer sa pérennité sur la durée.

Ce qui était plus difficile, c’est qu’on était une toute petite équipe – à peine une dizaine -, et qu’on débordait d’idées ! Il fallait forcément faire des choix : on ne pouvait pas à la fois multiplier les interventions dans les écoles, être actifs sur les réseaux, tenir un beau site Internet, rédiger une newsletter…. Mais heureusement, les renforts sont arrivés rapidement. L’association s’est vite agrandie, et on a réussi à trouver des personnes motivées qui ont pris le relais. On le voit bien aujourd’hui : Covid ou pas, l’activité ne s’est pas arrêtée.  Le site est beaucoup mieux, il y a bien plus de présence sur les réseaux… C’est super de voir tous ces développements.

Un autre progrès, pour moi, c’est la plus grande diversité des personnes qui s’engagent chez JAC. C’était une autre frustration, au départ : les gens qui nous rejoignaient étaient pratiquement tous des étudiants parisiens. Au fil des années, plusieurs d’entre nous ont terminé leurs études et sont partis travailler ailleurs en France. Ça a permis d’étendre notre réseau, et de lui faire traverser le périph’ !

En qualité de jeune délégué pour le climat, tu as pu participer à plusieurs négociations internationales sur l’environnement. Tu es ainsi parti à Katowice pour la COP 24 en 2018, à New-York pour le premier sommet de la jeunesse pour le climat en 2019 …  Que retiens-tu de ces expériences ?

C’était grisant ! Dans tous les sens du terme… C’était fascinant d’être au cœur du réacteur multilatéral, de rencontrer des chefs d’État, et d’assister à leurs négociations. Pour moi, ces expériences ont été déterminantes. Elles m’ont permis d’entrevoir toutes les facettes du réchauffement climatique. J’étais alors en école d’ingénieur, et je connaissais surtout les données scientifiques du problème. Mais j’ai compris que c’était tout autant une réalité géopolitique, anthropologique, sociologique aussi, qui se décline différemment en fonction des inégalités de genre, de développement… Bref, j’avais un rôle d’observateur assez privilégié, et j’ai mieux saisi comment fonctionnait la machine.

Mais ce statut d’observateur avait sa part de frustration. La déclaration sur laquelle on travaillait à New York, en tant que représentants de nos pays, était assez consensuelle, et n’a pas permis un vrai passage à l’action. Tout ça au milieu d’un brouhaha médiatique qui empêchait d’avoir de vrais débats. Ce que j’en ai retenu, finalement, c’est que pour lutter contre le dérèglement climatique, il ne faut pas seulement palabrer. Il faut aussi, et peut-être surtout, mettre les mains dans le cambouis.

C’est-à-dire ?

Pour moi, l’engagement politique est essentiel, mais doit favoriser la proximité. C’est pour cette raison que j’ai décidé de continuer mon action plutôt à l’échelle nationale. A l’automne dernier, j’ai fondé une autre association qui demande plus d’éclairages sur les enjeux énergétiques et sanitaires de l’implantation de la 5G en France. C’est moins glamour que New-York ! Forcément, dès qu’on s’en prend à la 5G, on est rangé dans le camp des marginaux, des complotistes… C’est une cause moins facile à porter, qui intéresse peu les médias – aussi parce que c’est un sujet très technique. C’est pour ça que je veux le mettre au cœur du débat. C’est une vraie transformation technologique, et il faut qu’on en parle. Nous avons ainsi intenté quatre poursuites judiciaires, dont une contre le gouvernement.

Pour toi, ce type d’engagement politique est-il incompatible avec l’esprit de JAC ?

Oui et non. Le vrai enjeu de JAC, c’est de diffuser les connaissances sur le changement climatique. L’idée centrale, c’est la vulgarisation : cela demande une forme de neutralité. Mais ça ne veut pas dire qu’on s’empêche de parler de politiques publiques, au contraire ! Il faut les connaître, et les analyser très rigoureusement, pour permettre au public de s’en faire une opinion éclairée.

Et pour finir, un conseil « à emporter » pour les jeunes qui voudraient s’engager politiquement pour l’environnement ?

Oser ! Oser être différent, anticonformiste. Nos études nous focalisent trop sur l’exigence de réussite individuelle, et l’insertion dans le marché du travail. Ça ne doit pas nous empêcher de prendre du temps pour les causes qui nous tiennent à cœur. Il faut aussi oser s’engager en politique ! Et commencer très localement, en rejoignant une liste municipale par exemple, pour se confronter au réel. Défendre l’environnement par l’associatif, c’est super. Mais on ne peut pas éternellement laisser les autres décider à notre place. Il faut apporter notre idéalisme au cœur des arbitrages politiques.

C’est un peu dans cette logique que j’ai décidé de passer les concours administratifs. Mais à terme, je ne voudrais pas tant être au Ministère de la Transition Écologique, qu’à Bercy, ou au Ministère de la Défense – pour intégrer le paradigme écologique dans tous les champs de l’action gouvernementale. Comment, par exemple, concilier le respect des entités locales, et le maintien de la sécurité nationale ? Un exemple, parmi tant d’autres, des nouvelles pistes de recherche ouvertes par l’intégration du paradigme écologique à la décision politique.

À propos de JAC

Nous sommes des jeunes engagés à donner les clés à chacun pour devenir acteur, à son échelle, de la transition.

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